Madame la Ministre, Monsieur le Ministre,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Certaines compétences ne mènent à aucun métier en particulier, parce qu’elles servent dans presque tous. Les langues étrangères en font partie, principalement l’anglais : pour le technicien qui lit une documentation, l’infirmière qui accueille un patient étranger ou le commercial d’une PME qui exporte, c’est un outil de travail.
L’article 89 du projet de loi de finances pour 2027 prévoit de majorer la participation des actifs au CPF, sauf lorsque la formation conduit « directement à l’exercice de métiers » en tension ou relevant de secteurs prioritaires.1 L’intention, orienter l’argent public vers ce qui sert l’emploi, est légitime, et nous la partageons. L’évaluation préalable précise que la réforme vise à « cibler la dépense sur les formations à objectif professionnel ».1 Mais appliqué tel quel, ce critère pénalise précisément les compétences utiles dans presque tous les métiers. Parce qu’elles ne mènent pas à un seul d’entre eux, les certifications en langues risquent de ne bénéficier d’aucune exemption.
Une compétence que le marché du travail exige
Selon France Travail, l’anglais « reste la langue la plus prisée des recruteurs » et environ une offre d’emploi sur dix publiée en France en exige la maîtrise.2 Un tiers des entreprises interrogées dans une enquête conduite avec le ministère de l’Éducation nationale et le Céreq déclaraient peiner à recruter des candidats ayant le niveau de langue requis.3 L’Union européenne range d’ailleurs le multilinguisme parmi les huit compétences clés pour l’éducation et la formation tout au long de la vie,4 et la France, qui a attiré 1 878 décisions d’investissement étranger en 2025,5 a tout intérêt à disposer d’actifs capables de travailler en anglais. Les former, c’est investir dans l’attractivité du pays.
Les actifs l’ont compris
En 2025, les langues représentaient 130 400 dossiers, soit 11 % du total, au troisième rang des domaines financés par le CPF ; deux certifications d’anglais figuraient parmi les dix certifications les plus souscrites.6 Les actifs investissent donc déjà leurs droits dans les langues : la demande existe, et c’est elle que la majoration viendrait freiner.
Une compétence inégalement répartie
Près d’un actif sur trois utilise une langue étrangère dans son travail, et pour 84 % d’entre eux il s’agit de l’anglais, selon le CRÉDOC.7 Cette pratique reste pourtant largement réservée aux diplômés : 47 % des diplômés du supérieur l’utilisent, contre 14 % des non-diplômés. Et parmi les actifs qui n’ont pas dépassé le baccalauréat et qui s’en servent, plus de la moitié disent ne pas être à l’aise.7 Les actifs les moins diplômés sont donc ceux qui ont le plus à gagner d’une formation, et le CPF est l’un des moyens dont ils disposent pour y accéder. Renchérir l’accès aux certifications en langues reviendrait à élargir cet écart.
Le coût du renoncement
Depuis avril 2026, chaque formation financée par le CPF suppose déjà une participation de 150 €,8 à laquelle pourraient s’ajouter jusqu’à 200 €.9 Le Gouvernement retient lui-même un taux de renoncement de 30 % pour les actifs hors demandeurs d’emploi, et admet que ses 350 millions d’euros d’économies viendront d’une majoration des contributions ou, « à défaut, par une éviction de ces catégories de personne ».10 Le cofinancement ne protège qu’une minorité de titulaires : il n’a couvert que 4,1 % du coût du CPF depuis son lancement, et le Sénat avertit que réguler la demande « risque de susciter un non-recours précisément chez les personnes qui ont le plus besoin de formation ».11
Ce que nous demandons
- Reconnaître l’anglais, et plus largement les langues étrangères, comme une compétence stratégique pour l’emploi et la compétitivité de la France.
- En conséquence, exonérer de la majoration les certifications professionnelles en langues étrangères. L’article cite ces secteurs « notamment » et confie la liste des certifications retenues à un arrêté : les langues peuvent y être inscrites.
Défendre l’accès aux langues étrangères, et d’abord à l’anglais, c’est ouvrir des emplois aux actifs et des marchés internationaux aux entreprises françaises. L’anglais ne prépare pas à un seul métier : c’est une compétence essentielle à l’exercice d’une multitude de professions. Sa portée transversale devrait donc être un argument en faveur de son exonération, et non un motif d’exclusion.
Nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre, Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, l’expression de notre haute considération.
Les signataires